Comment prendre une bonne photo d’architecture

omment prendre une bonne photo d'architecture

La photographie d’architecture est une discipline à part entière au même titre que la photographie
de paysage, de nature morte, de mode ou encore de reportage.

Le sujet y est fixe pour des points de vue multiples mais néanmoins limités par l’environnement.
L’environnement, lui, est changeant : météo et végétations sont plus ou moins aléatoires, les
personnages ne sont pas vraiment contrôlables à moins de disposer de figurants, des éléments
parasites peuvent ne pas être ôtés comme les voitures par exemple.

La lumière, matière première du photographe, n’est pas contrôlable non plus, nous ne pouvons pas diriger
le soleil. Néanmoins, sa course est tout à fait prévisible et des outils modernes nous permettent de
visualiser à l’avance sa position par rapport à notre sujet.

Équipements


Il convient de monter son appareil photo d’un ou plusieurs objectifs permettant le décentrement(1). Dans l’idéal j’aime disposer d’un grand voire très grand-angle, d’une focale dite normale et d’un téléobjectif.

Un trépied adapté au poids du matériel est indispensable. Un déclencheur souple, une
télécommande et un niveau à bulle pourront être de merveilleux accessoires.
Pour anticiper la météo et prévoir la course du soleil (orientation et hauteur en fonction de
l’heure), certaines applications mobiles sont très pratiques. Elles permettent d’optimiser des
reportages contraints par des limites de temps et de productivité.

Un ordinateur équipé d’un logiciel de retouche d’image permet d’affiner son travail (masquage,
augmentation de la dynamique(2) , assemblages pour créer un panoramique…) et de pallier
certains aléas : rajouter des éléments, en enlever, améliorer la luminosité ou le contraste qui ont
fait défaut au jour J.

Timing

Un repérage sur place ou à distance est indispensable pour déterminer quand effectuer les prises
de vue. Effectivement, vous ne voulez pas arriver pour faire votre reportage le matin en vous
disant qu’il valait mieux venir l’après-midi, 1 mois plus tard car les espaces verts ne sont pas
encore plantés ou même carrément 6 mois plus tard car la façade principale est plein nord et que
seule la course solaire de juin pourra l’éclairer ! Vos prises de vue se feront donc en fonction de
la saison, de l’heure du jour voire de la nuit et bien sûr de la météo, de préférence ensoleillée.

Il faut se renseigner de l’avancement des finitions du bâtiment et du moment de la livraison à
l’occupant dans le cas de bâtiments neufs. Dans ce dernier cas, il va falloir jouer serré ! En effet,
les projets architecturaux sont très souvent livrés hors délai, au mieux, juste à temps. Vous vous
retrouvez donc à attendre la fin des finitions, notamment les voiries et les espaces verts qui se
font en dernier alors que les occupants prennent place et font déjà sécher leur linge au balcon. Il
faudra parfois envisager plusieurs passages. Dans le meilleur des cas une journée peut permettre
de donner un bon aperçu de l’ensemble d’un bâtiment mais les contraintes budgétaires et de délai
vous imposeront de faire des choix. Soyez créatifs !

Lumière

Un temps nuageux permet d’avoir une lumière douce et à l’instar d’un portraitiste, le photographe
d’architecture appréciera quelques nuages pour atténuer les contrastes si le bâtiment présente trop
de reliefs (avant-toit, brise-soleil, etc). Ce sont également de bonnes conditions pour les
photographies d’intérieur afin d’équilibrer lumière extérieure et intérieure. Une lumière forte, et
verticale en été serait vraiment néfaste au rendu final.
Ceci étant dit je cherche plutôt des journées ensoleillées pour aller travailler, quitte à attendre le
coucher du soleil pour obtenir une lumière plus tamisée pour équilibrer le ciel, les éclairages
intérieurs et éventuellement extérieurs.
Le plus souvent, je choisis une lumière plus directe sur la partie du bâtiment que je souhaite
mettre en avant, cela permet que celle-ci soit la plus lumineuse sur la photo. J’expose donc pour
cette zone, le reste devenant de fait légèrement sous-exposé et moins contrasté. Si je
photographie un angle du bâtiment, je m’arrange pour que la lumière vienne frapper à 45 degrés
chacune des façades si elles ont autant d’importance, sinon elle doit être plus perpendiculaire à
celle que je privilégie (2/3-1/3 de la surface de l’image par exemple). Ainsi, mon reportage se
déroulera en fonction de la course du soleil.
Malheureusement, si la course quotidienne de celui-ci est gérable le jour-même, sa hauteur dans
le ciel dépend de la saison. Par exemple une façade orientée vers le sud sera frappée par des
rayons quasi horizontaux à midi le 20 décembre et des rayons presque verticaux à la même heure
le 20 juin (pour l’hémisphère nord) et ce cas de figure n’est pas vraiment le plus souhaitable
comme de manière générale pour tout type de photographie, on préférera un éclairage à 45°. A
vos rapporteurs !

Cadre

Qu’est-ce qu’un bon cadrage? Pour tous types de prises de vues, certains parleront de règles, celle
des tiers notamment. Pour moi, le maître-mot est HARMONIE. Pensez à regarder votre cadre à
plusieurs reprises, promenez votre œil dans ce qui sera votre future image. Posez-vous la question
s’il revient attiré comme un aimant vers votre sujet ou s‘il divague ailleurs, attiré par la pomme
rouge au premier plan que vous avez cru bon d’intégrer dans le cadre.

L’image se lit et si possible, donne envie de la relire. Vous êtes certainement comme moi d’une
culture dont la lecture visuelle est orientée par celle des mots à savoir de gauche à droite et cela
doit rentrer en compte. Faites le test sur votre logiciel de retouche et inversez en miroir une image, vous verrez que l’effet n’est pas le même dans les deux sens !

La photographie d’architecture doit se faire droite avec des verticales orthogonales d’où
l’intérêt de l’objectif à décentrement. Cadrer avec trop de bas et recadrer ou rétablir la verticalité
au traitement informatique ne sont à mon avis que des méthodes de dépannage.

Pour un même axe de prises de vues, je varie l’éloignement pour montrer le sujet dans son
ensemble, entouré de son environnement, puis isolé et enfin je m’attaque aux détails
architecturaux les plus marquants et les plus graphiques. Je varie également cadrages horizontaux
et verticaux.

Succession de plusieurs plans :

Architecte: Séquence architecte / Photographie : David Aubert
Architecte: Séquence architecte / Photographie : David Aubert
Architecte: Vinci / Photographie : David Aubert

Bien souvent, je dois «nettoyer» ma scène avant la prise de vue, cela est facile quand il s’agit de
ramasser une petite branche d’arbre tombée sur le chemin, ou de la pomme rouge qu’il faudra
vous résoudre à cueillir et manger ! Je vous avoue que je m’arme de courage quand il faut aller
bouger les poubelles et que ça se corse quand il s’agit de déplacer une voiture d’un habitant ou le
parasol disgracieux sur un balcon. Bien sûr je dois souvent faire des concessions, intégrer au
mieux ou me résoudre à ne pas faire cette photo !

D’après Henri Peyre(3) « Le Vivant retient plus l’attention que le Mouvant qui retient plus
l’attention que le Stable… or, malheureusement, le bâtiment est stable ! ». La pomme rouge est
donc un peu trop vivante mais s’il s’agit de branchages qui ferment harmonieusement l’image
pour nous ramener à notre sujet architectural stable, ils sont les bienvenus. Une fois que l’on a
nettoyé le cadre de tout élément parasite on peut vouloir en remettre, mais attention, pas trop!

Dans notre culture humano-centrée, l’être humain est tout en haut de l’échelle de la rétention
d’attention, je fais donc attention à minimiser sa présence et/ou à ce qu’il soit le plus possible en
adéquation avec le sujet : l’occupant ou l’usager du lieu se déplace ou regarde vers le bâtiment
par exemple.

Pour conclure. En fonction de votre souhait personnel ou de celui de votre client chaque
photographe doit adapter sa démarche. Là où un architecte préférera qu’on isole son bâtiment de
tout élément parasite pour rendre son œuvre intemporelle, un promoteur immobilier aimera quant
à lui que le photographe intègre du monde et de la vie autour de son bien.
La réflexion sur la photographie d’architecture ouvre sur d’autres études comme celle de la
photographie d’intérieure, la photographie de nuit, le traitement numérique des images,
l’utilisation de l’objectif à décentrement.

Bonnes photos !

Notes :
(1) Un objectif à décentrement permet en déplaçant l’optique latéralement vers le haut de voir la partie haute du
bâtiment sans avoir à faire de contre-plongée.

(2) L’étendue dynamique d’une surface sensible est l’écart entre l’intensité lumineuse la plus haute (avant le blanc)
et celle la plus basse (avant le noir) que celui-ci peut enregistrer.

(3) «Photographie d’architecture, Quelques conseils aux photographes» par Henri Peyre sur le site «galerie-
photo.com »

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